Je m'appelle Sélène
Pendant longtemps, j’ai cru que je n’avais pas de nom, on ne m’appelait jamais. Il est vrai qu’en général, moins on me voyait et mieux on se portait. Alors un jour j’en ai eu marre, c’est là que j’ai commencé à me faire remarquer, histoire de dire : « Ouh ouh ! J’existe ! Je suis là ! Regardez moi ! ». Je l’avoue mes tenues ne sont pas toujours du meilleur goût, mais au moins je ne passe pas inaperçue. Maintenant, je m’appelle Sélène. C’est joli, vous ne trouvez pas ? Ça vient de la lune. Comme j’ai toujours un côté tête en l’air, j’ai trouvé que c’était un nom pour moi, Sélène.
J’ai vécu longtemps aux mimosas fleuris. Je ne sais pas pourquoi ça s’appelait comme ça, parce que moi, je n’ai jamais vu les mimosas en fleur là-bas. Rien à voir avec les Champs Elysées, si vous voyez ce que je veux dire.
J’avais un boulot là-bas, je m’occupais des transferts. Au début j’ai trouvé ça plutôt pas mal, original, et puis ça s’est dégradé. Comme tous les boulots ! A vrai dire, je crois que je n’étais pas vraiment faite pour ça : les transferts. J’étais souvent trop distraite, trop compatissante, trop la tête ailleurs. Il arrivait bien que de temps en temps il y ait un côté amusant, surprenant, mais ce n’était pas grisant tous les jours. Ce que j’aimais surtout c’était le contact avec les gens, c’est surtout pour ça que j’aimais m’occuper des transferts. Bref ! Maintenant c’est la course vers l’éternelle jeunesse, les transferts sont devenus de moins ne moins réguliers et le chômage pointe son nez, comme partout ailleurs. C’est pour ça que j’ai décide de quitter les mimosas fleuris.
Un jour, je suis partie et Flora m’a suivie. On a vadrouillé un moment toute les deux. Au début c’était pas mal, mais je me suis vite rendue compte que ça pourrait pas durer éternellement. Flora elle voyait toujours la vie en rose et moi j’avais plutôt tendance à la voir en noir. Noire avec une pointe de rose quand même, mais une toute petite pointe, c’est pour ça que Flora je l’aimais bien malgré tout.
La vie en noir, c’est depuis le pendu. Mon premier pendu. Faut avouer que ça m’a fait un choc. Je ne m’en suis jamais remise complètement. On s’était connu un bon moment avant son transfert ; j’avais tout bien préparé pour lui, parce que lui, il n’était pas comme les autres. Il avait quelque chose d’autre. Et puis quand il est passé, c’est une autre qui est venue le chercher. Tout ce boulot pour rien ! Ça m’a fait un sacré choc. De lui, il restait juste la corde et un petit mot : « Garde la corde, les cordes de pendu il parait que ça porte bonheur ». Depuis, je l’ai jamais quittée, ma corde : son dernier cadeau. Mais je ne suis pas sûre que ça m’ait vraiment porté bonheur jusqu’à lors.
Enfin pas jusqu’à ce que je croise Ernest. D’ailleurs, je ne sais pas trop bien s’il s’appelle Ernest ou Max, je crois que lui non plus il ne sait pas trop comment il s’appelle. C’est peut-être ce qui nous a rapprochés : le doute. Moi je ne sais pas trop bien si c’est Sélène ou Azraël peut-être… Il me semble qu’un jour j’ai du m’appeler comme ça. Mais, je ne suis plus sûre de rien. Depuis que l’on m’a dit qu’Azraël c’était un nom de chat, je doute. J’ai beau chercher, essayer de me rappeler, je ne crois pas avoir jamais eu un nom avant que je m’en donne un. Sélène ça me plait, j’aime.
Je ne sais pas encore si je préfère Ernest ou Max, il va falloir que j’apprenne à les connaître tous les deux. Peut-être que Loly pourrait m’aider à mieux les comprendre, parce qu’elle les connaît bien. Mais ce ne sera surement pas possible parce que je crois qu’elle a décidé de partir avec Boyo à la recherche des poissons rouges.